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1. Nature de la monnaie moderne
Depuis que Nixon a supprimé la convertibilité en or du dollar, qui servait de monnaie de référence mondiale, la monnaie ne repose plus que sur la caution de l'économie qui l’émet.
Elle est devenue purement virtuelle. En conséquence elle ne peut pas constituer en elle-même une réserve de prévoyance. Elle ne peut que constituer une clé de partage des richesses existantes, et ce, avec la valeur que la société qui l’a émise, et où elle a cours, veut bien lui reconnaître.
L'adoption de la monnaie virtuelle est certainement la plus puissante invention de l'homme. Bien utilisée, elle est source de progrès, de développement, d'échanges et de solidarité, mais, mal utilisée, elle devient prédatrice, génératrice d'inégalités, de régression sociale et de malheur.
Il y a donc deux conceptions fondamentalement différentes de la monnaie :
- Doit-elle être un service et une assurance que la société offre à ses membres, et qui comme tous les autres services doit être rémunéré. Sa diminution de valeur dans le temps le permet de manière remarquablement efficace.
- ou doit-elle être un privilège qui permet à ses possesseurs de prélever sur les biens et productions de la société sans participer à la création de biens et de services.
Cela implique deux manières totalement opposées de la gérer :
l La monnaie d'échange et de partage dépendant de la société, donc de ses représentants politiques. Ce fut celle des 30 glorieuses.
l La monnaie de capitalisation et de rapport, dépendant de la finance, qui s'est imposée depuis une trentaine d'années. C'est elle qui a transformé le capitalisme entrepreneurial en capitalisme financier prédateur.
2. Création monétaire.
Plus l’économie se développe, plus elle a besoin de monnaie pour fonctionner. Comme la population et les échanges se développent en permanence, il faut créer, au fur et à mesure, de plus en plus de monnaie.
À qui doit bénéficier cet énorme avantage de création monétaire ex nihilo ?
Comme elle ne repose que sur la caution de la société qui l’émet, le bon sens et l'équité voudraient qu'elle soit émise uniquement au profit des Etats, comme le réclame depuis des décennies notre prix Nobel d'économie Maurice Allais.
Malheureusement, pour des raisons historiques, la finance privée a réussi à imposer le système de création monétaire par l'emprunt.
Les créateurs de l'Euro et de la BCE, se sont même fait imposer, par la finance, l'incroyable article 104 - 1 du traité de Maastricht : « 1. Il est interdit à la BCE et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées “banques centrales nationales”, d'accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions ou organes de la Communauté, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres; l'acquisition directe, auprès d'eux, par la BCE ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite. »
l Création de monnaie permanente par et pour les Etats.
C'est le système que réclame depuis des décennies notre prix Nobel d'économie Maurice Allais, et que défendent les économistes de l'association chômage et monnaie (www.chomage-et-monnaie.org/).
En ce qui nous concerne, ce serait la BCE, sous le contrôle d'une instance politique dépendant des Etats membres de l’Euroland, qui créerait la monnaie à leur profit, en userait pour son fonctionnement, et en mettrait à la disposition des Etats en fonction leurs besoins. Les banques, perdrait le pouvoir de création monétaire qu'elles ont actuellement, elles ne pourraient prêter dans le temps que les sommes dont elles disposent elles-mêmes sur les mêmes périodes.
La création monétaire participerait largement au financement des Etats.
l Création de monnaie temporaire par les emprunts des acteurs privés dans le cadre de la liberté des changes.
C'est le système actuel par lequel, si une banque estime qu'un emprunteur a la capacité de rembourser le prêt qu'il demande, elle peut créer, sous contrôle de la banque centrale dont elle dépend, la monnaie correspondante dans le cadre de règles prudentielles variables extrêmement favorables (elle peut prêter environ 10 fois plus que ses avoirs personnels).
Ce système a deux défauts majeurs :
1) - Il ne crée pas la monnaie là où il y en a le plus besoin, bien au contraire.
Dans le cadre de la liberté des changes, comme le dit François Morin professeur d'économie ancien membre du Conseil général de la Banque de France et du Conseil d'analyse économique, dans son livre « Le nouveau mur de l'argent » : « les banquiers centraux ne sont plus en capacité d'influencer l'évolution des taux à long terme. Pire, leur politique d'alimentation monétaire des marchés financiers (financement des bulles à crédit, perfusions monétaires après leur éclatement) se met au service des intérêts directs de la finance libéralisée. Bref, il n'y a pratiquement plus de régulation de ces grands marchés, sauf à dire que des pouvoirs privés sont maintenant au poste de commande »
Ce qui veut dire clairement que la monnaie est créée en fonction des intérêts de la finance privée, qui s’en sert particulièrement pour d’énormes manœuvres spéculatives au niveau international. C'est ainsi que la finance privée a pu développer et financer une économie virtuelle infiniment plus importante que l’économie réelle constituant un cancer qui pompe l’énergie de l'économie réelle et la détruit.
2) - Il est pro-cyclique. Il gonfle systématiquement les bulles, et aggrave encore plus rapidement les crises.
À la lumière de ce qui a été dit précédemment , il paraît évident que le système monétaire actuel, particulièrement en Euroland, a pour le but l'enrichissement de la finance privée aux dépens de l'économie, des Etats et des peuples.
Il faut, de toute urgence, prendre deux mesures fondamentales. :
l La suppression de la liberté des changes pour rendre la maîtrise de la création monétaire aux Etats par l’intermédiaire de leur banque centrale.
l Faire que la création monétaire intervienne exclusivement en monnaie permanente au profit des Etats.
3. Régulation des échanges monétaires internationaux.
Le système monétaire actuel, qui est incapable de limiter la création monétaire par la finance privée, et lui permet de la faire voyager sans frein ni barrières, d'un bout du monde à l'autre, permet le « Carri-Trade » à grande échelle. Les fonds spéculatifs internationaux empruntent d’énormes sommes dans les pays à bas taux d'intérêt et les transfèrent instantanément dans les pays à fort taux d'intérêt. Ils gagnent doublement sur ce type d'opération, sur les différences de taux d'intérêt, et sur les plus-values monétaires qu'ils réalisent sur l'augmentation de valeur de la monnaie qu'ils achètent car en l’achetant massivement ils la font monter.
Ces opérations, qui coûtent très cher aux Etats, les empêchent aussi de faire les politiques monétaires les mieux adaptées à leurs économies.
Seul le contrôle des changes peut les éliminer. L'application de la loi Tobin ne serait qu'un leurre peu efficace.
l Impossibilité d'organiser le contrôle des changes par accords bilatéraux
En effet, cela créerait momentanément des circuits monétaires lucratifs dans lesquelles les spéculateurs feraient tourner des masses monétaires de plus en plus grandes, de plus en plus vite. Le système exploserait !
l Mise en place d'une monnaie d'échanges internationale servant de base au contrôle des changes. (demandée, entre autres, par la Chine )
Le contrôle de cette monnaie, qui serait basé sur un panier de grande monnaie, pourrait être confié au FMI.
Les Etats auraient alors le choix, d'ajuster périodiquement la parité de leur monnaie par rapport à ce panier de référence, ou par rapport à une seule des monnaies de ce panier à laquelle leur commerce serait très lié, comme l’Euro, le dollar, le yen, le Yuan…
Il faut que, périodiquement, les Etats puissent réévaluer leur monnaie pour équilibrer leur balance commerciale, sans que cela influe sur leur politique monétaire intérieure qui doit favoriser le développement et assurer le partage équitable des richesses.
4. Gestion monétaire : Monnaie fondante ou Stabilité monétaire ?
La monnaie fondante présente une série de caractéristiques qui en font une excellente monnaie d'échange et de partage, alors que la stabilité monétaire privilégie la capitalisation au profit de ses possesseurs.
Une politique de monnaie fondante implique obligatoirement l'indexation des bas revenus (salaires, retraites, minima sociaux) et d'une petite réserve monétaire pour faire face aux aléas de la vie ( livret A). Elle exclut aussi l'indexation des dettes des Etats.
À noter que ce qui est un avantage pour les échanges et le partage (solidarité ) est le plus souvent un inconvénient pour la capitalisation monétaire, et réciproquement.
Il suffit donc d'énumérer les avantages des deux options de politique monétaire.
l Principaux avantages de la monnaie fondante :
1) - C'est l'activateur économique le plus puissant connu.
Elle oblige à investir ou consommer le plus vite possible les plus-values, et les revenus avant qu'ils ne se déprécient.
2) - Elle fait fondre systématiquement toutes les dettes.
Elle permet aux Etats de faire du déficit budgétaire sans en s'endetter. Plus leur dette est importante plus elle fond vite en valeur absolue.
La planche à billets utilisée par les gouvernements des 30 glorieuses a laissé la France peu endettée, alors que la gestion monétaire, dite vertueuse, par la Banque centrale, qui a suivi, l'endette exponentiellement.
3) - Elle permet l'amortissement rapide des investissements à crédit, qu'ils soient industriels ou dans l'habitat et les équipements familiaux. Elle fait fondre la valeur relative des remboursements par rapport aux revenus.
Pour les entreprises, c'est une source de capacité d'investissement s’ajoutant à celle due aux bénéfices.
Pour les particuliers, c'est une augmentation de pouvoir d'achat, et de capacité d'emprunt s'ajoutant à celle due à l'augmentation des salaires.
4) - Elle empêche d'endetter nos descendants. (Argument très employé pour pressurer le peuple)
VGE et Raymond Barre ont divisé la dette par 2 en 7 ans, grâce à une inflation de 10,5 %.
En appliquant une politique inflationniste comparable, il ne faudrait que 21 ans pour faire fondre la dette de 90 % !.. Alors pourquoi faire peur aux citoyens avec ce problème qu'on peut résoudre quand on veut ?
Si nous ne le faisons pas, les générations futures le feront probablement par une violence justifiée.
5) - Elle permet de réguler l'économie par les crédits à taux réels négatifs.
Pour cela il faut que l'État ait la maîtrise de la monnaie. Il pourrait octroyer des crédits à taux réels plus ou moins négatifs pour les investissements prioritaires en fonction de leur urgence.
Si les possesseurs de monnaie veulent y participer, ils sont forcés de suivre les taux pratiqués par l'État. S'ils veulent prêter à des taux supérieurs, ils peuvent le faire dans les domaines non prioritaires. Mais, globalement, ils ont d'intérêt à investir leur argent dans l'immobilier, l'industrie, les infrastructures du futur et tout ce qui est utile à la société.
Contrairement aux subventions et aux niches fiscales, cette méthode ne coûte rien à l'État. Et elle ne profite pas qu'aux riches, comme les niches fiscales.
6) – Elle est indispensable à la réalisation des grands investissements nécessaires aux économies d'énergie et à la production d'énergie renouvelable.
Dans les conditions actuelles de crédit, ces investissements lourds (voies ferrées et surtout fluviales) ne sont pas amortissables. Un bel exemple fut l'eurotunnel, qui a rapporté aux banques prêteuses mais escroqué tous les petits investisseurs.
7) - C'est l'impôt le plus intelligent et le plus équitable que l'on connaisse, pour faire face aux aléas de tous types, qui demandent un financement supplémentaire à la collectivité.
En effet il taxe les moyens d'action stérilisée par les plus riches, tout en les obligeant à s'investir dans l'économie réelle c'est-à-dire à fournir de l'emploi ou des moyens de vie à la collectivité.
l Principaux avantages de la stabilité monétaire
1) - Elle permet de prospérer sans réfléchir et sans travailler.
Elle peut être prêtée à taux réels positifs et sans risque, l'État proposant des obligations indexées sur l'inflation.
Les personnes qui, par éthique, ne désirent pas être propriétaires bailleurs et encore moins capitalistes, s'en accommodent fort bien.
C'est probablement ce qui explique que de nombreux dirigeants de gauche la défendent, se faisant ainsi les alliés objectifs de l'argent roi.
2) - Dans l'optique du néolibéralisme, qui veut que les investissements se fassent par l'épargne, et non par l'emprunt, elle est nécessaire aux investissements.
C'est vrai dans la mesure où l'on veut que, pour se mettre au travail, la population doive se faire financer contre rémunération par les possesseurs de monnaie. Mais, selon Keynes, elle peut être financée par l'État, ou par emprunt direct, cautionné par sa future production. Les 30 glorieuses furent financées de cette manière, car au départ l’épargne manquait.
3) – Elle attire les capitaux étrangers.
Le lobby de l'argent prétend que c'est un avantage, c'est pourquoi cela est cité ici.
La réflexion montre que le seul argent étranger dont on ait besoin est celui nécessaire aux importations, et la meilleure façon de se le procurer est sans conteste les exportations.
Pour ce faire, il faut une parité monétaire compétitive (suffisamment faible).
Si nous avons besoin de capitaux pour activer notre économie, nous devons nous les procurer par création monétaire locale.
Au lieu de laisser les pays de l’Euroland s'endetter à l'extérieur, ce qui est inutile et extrêmement coûteux, pour financer leurs activités (grand emprunt de Sarkozy - financement de la Grèce de l'Espagne …), la Banque Centrale européenne aurait dû leur fournir gratuitement l'argent nécessaire. Cette création monétaire aurait certainement provoqué de l'inflation et fait chuter l'Euro par rapport aux monnaies étrangères. Cela aurait eu deux effets bénéfique :
- Une forte diminution de l'ensemble des dettes,
- Un accroissement des exportations.
Comme nous sommes beaucoup moins endettés que les États-Unis notre économie serait repartie plus vite que la leur.
Ce n'est pas la peine de reprendre ici tous les autres avantages supposés qu'expose le lobby de l'argent, qui ne sont que le contraire des avantages de la monnaie fondante.
Les arguments qu'il présente reposent sur des contrevérités « révélées » sans aucune justification, comme : 1 % d'inflation = 1 % de chômage - l'inflation des 30 glorieuses a ruiné les petits épargnants (il n'y en avait pas) - l'inflation nuit à l'investissement (c'est exactement le contraire)… ….
Le passage de l'euphorie des 30 glorieuses aux difficultés qui ont suivi, dont le surendettement et la moindre croissance, correspond au passage de la monnaie fondante sous contrôle des responsables politiques à la stabilité monétaire sous contrôle des banques centrales.
Conclusion
C'est le pouvoir monétaire qui régule l'économique et le social.
Il y a deux manières de l'exercer :
· Mettre la monnaie au service de l'économie et des peuples.
C'est la monnaie fondante, à la disposition des représentants du peuple, Qui fonctionne comme une semence ou un carburant.
C’est en se résorbant qu'elle porte ses plus beaux fruits. Le développement rapide et la solidarité entre citoyens.
En cas de crise elle permet de relancer l'économie en mettant tout le monde au travail.
· Mettre la monnaie au service de ses possesseurs et d'elle-même.
C'est la monnaie stable, à la disposition des puissances financières, qui rapporte plus par la prédation que par la production.
Nous le voyons particulièrement bien en ce moment, lorsque tous les économistes et les financiers nous affirment que pour sortir de l'endettement il faut freiner l'économie pendant 5 à 10 ans, ce qui veut dire accroître le chômage et la misère.
Cette position absurde vient d'un aveuglement difficilement compréhensible, ou d'un cynisme incroyable qui, pour faire des profits, veut affaiblir l'économie pour prélever plus facilement sur elle.
C'est, à proprement parler, une économie de charognards.
Il serait temps que nos représentants politiques se réveillent.
Qu'ils organisent et financent le plein emploi par création de monnaie utile, provoquant une inflation réduisant rapidement l’immense tumeur cancéreuse de monnaie spéculative qui s'est constituée dans, et par, l'économie virtuelle.
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